La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

Dans les rues de Calcutta…

Arrivée matinale à Calcutta sous une pluie et une chaleur étouffante. Aussitôt un contrôle antigrippe A à passer … on croise les doigts pour ne pas avoir de fièvre. Verdict : 36,7 degré C chacun. Ouf!! Ce n’est pas le cas de tout le monde : accrochage bruyant entre un père de famille et un médecin.
Quinze minutes plus tard, nous voilà dans le taxi qui nous emmène directement à l’Institut du Choléra et des Maladies Intestinales où nous avons rendez-vous avec le Dr. Deb. Au bout de 300 mètres à peine, nous voilà en panne. Il faudra cinq grosses minutes pour redémarrer, le temps de se rendre compte de la cacophonie qui règne dans la ville. Une demi-heure de traversée des banlieues de Calcutta suffit à nous faire apercevoir : porcs sur les bas-côtés, ordures dans les rivières, décharges à ciel ouvert, et nuage ambiant de pollution. Le cœur doit être accroché aussi bien pour la conduite de chauffard sportif que pour les scènes de misère défilant de l’autre côté de la fenêtre.
Une fois à l’Institut, on nous fait savoir que le Dr. Deb n’est pas là mais en conférence à Dehli. On nous fait patienter, et nous sert un thé noir sucré au lait pendant le défilé incessant des employés venus pointer leur arrivée. On nous présente les deux jeunes femmes, Mitalisin, assistante de recherche, et Susmita, économiste, qui vont “prendre soin de nous”. Après deux heures de discussion avec le Dr. Subhasaesh et un excellent repas, nous quittons l’Institut direction Suder Street, le quartier des touristes. On nous appelle un taxi depuis lequel nous apercevons des gens se laver dans la rue, des tas d’ordures s’amoncelant et quelques personnes fouillant dedans. A proximité de ces décharges, l’odeur est peu supportable, une odeur pesante qui vient envahir nos narines. Le taxi nous amène directement dans un hôtel chic pour 8 euros par personne la nuit : déjà bien chic alors qu’on nous avait assuré qu’on ne trouverait rien à moins de 60 dollars. S’étant reposés quelques heures, nous partons à la recherche d’un restaurant et arpentons ainsi pour la première fois les rues de Calcutta. Étrange ambiance que cette vie de la rue : balais incessant de voitures, rickshaws, et pousse-pousses , chacun klaxonnant autant qu’il le peut pour se faire sa place. Le reste de la rue est occupé par les piétons, les étals en tout genre et les échoppes encastrées au rez-de-chaussée de tous les bâtiments, délabrés pour la plupart. Nous nous frayons un chemin jusqu’à un petit restaurant.
Le lendemain, retour à l’Institut. Le taxi augmente un tarif déjà surévalué de 80 RPS pour cause de pluie. Le manque de temps nous fait accepter. Deuxième conséquence, nous ne pourrons pas aller voir les installations de campagne. Nous allons donc visiter un dispensaire au cœur de la ville. Tous semblent très heureux de nous accueillir et de nous expliquer leur travail. C’est ici que viennent se faire examiner les personnes des bas-quartiers, et que les médecins détectent les cas de diarrhées et de choléra en prévention de toute épidémie. On nous présente la personne décrite par Erik Orsenna comme “L’inspecteur des diarrhées” : une fois par mois il rend visite aux familles pour avoir des informations sur les éventuels cas de diarrhées. Il exerce cette fonction depuis 3 ans, date des premiers essais de vaccin contre le choléra.
Nous passons notre après-midi dans les rues de Calcutta, surpris par la mousson tardive de cette année. Commencée il y a seulement deux semaines alors quelle devrait être terminée. Résultat : 30 centimètres d’eau par endroits dans les rues. Nous peinons à avancer de peur de tremper notre unique paire de chaussures. Nous passons ainsi bien 5 heures à nous procurer de l’argent (refus des traveler’s chèques dans toutes les banques) et à réserver un billet de train pour Varanasi (complet). Au retour de la gare, nous partageons notre taxi avec Dipok avec lequel nous discutons tout le long du trajet. Il nous confie qu’il y a beaucoup moins de touristes à cause de la pollution, et nous demande si nous sommes venus avec du matériel pour la mesurer. Nous lui répondons que non en lui racontant notre voyage. Indian Museum. Le taxi nous dépose. Nous ne sommes plus qu’à une trentaine de mètres de l’hôtel. Nous nous couchons après avoir étendus autant que possible toutes nos affaires trempées par cette journée de mousson.
Dernière journée a l’ID Hospital : nous rencontrons enfin le Dr. Deb. Après une heure de discussion, nous partons avec le Dr. Sautun et un collègue dans les bidonvilles de Calcutta pour illustrer leur travail de terrain. Ambiance légère malgré la pauvreté qui nous saute aux yeux. Bizarrement, nous sommes plus à l’aise ici où les gens semblent heureux de nous voir et nous sourient. Personne ne semble triste : le Dr. Sautun nous confie qu’ils sont très heureux de vivre avec ce qu’ils ont. Ils en profitent pour nous faire visiter un autre Slump. Nous découvrons toutes les petites fabriques qui font tourner le ville. Potiers, forgerons, menuisiers, mais aussi tous les déchets de la ville qui atterrissent ici pour être triés par ces habitants. Ils en retirent ainsi quelques roupies. Le départ pour Varanasi approche : nous prenons la direction de la gare afin d’embarquer sur le Virhuti Express pour 20 heures.

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