La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

Au Coeur de l’Hindouisme

Nous nous réveillons doucement dans le train au petit matin en découvrant enfin les paysages des campagnes indiennes. Que d’espace devant nos yeux, après trois jours passés dans la furie de Calcutta. Nous descendons à Varanasi, haut lieu de la culture hindoue, au bord du Gange. Là, se regroupent de nombreux indiens pour aller se baigner et se purifier dans le fleuve sacré. Quelle étrange cérémonie que de voir toutes ces personnes suivre les marches qui mènent à l’eau. Mais ici comme à Calcutta, la misère est là : aux mendiants viennent s’ajouter les lépreux qui exhibent leurs blessures.
Sous la chaleur écrasante, nous nous empressons de nous débarrasser de nos sacs au Ganpati Guest House, notre hôtel. Après nous être rafraichis, nous sortons nous “perdre” dans la vieille ville. Il y fait bien plus frais que sur la route principale. D’échoppe en échoppe, nous nous faisons accoster et regardons vêtements et écharpes en soie - ou non ?-. Si bien que nous nous retrouvons au fief de Vakil, roi de Varanasi d’après sa carte de visite, pour la confection de nos sacs à viande, sorte de duvets en soie qui serviront plus tard à protéger nos duvets. Nous passons l’après midi là-bas, dans une pièce recouverte de matelas où s’entassent des colonnes de tissus en tous genres. Apprenant que nous sommes français, il s’empresse de sortir ce qui doit être sa petite fierté : des photos de Catherine Deneuve essayant saris et autres vêtements dans cette même pièce. A cela, il rajoute comme pour prouver ses dires un magazine avec un article sur la star française contant sa venue en Inde. Nous repartons au coucher du soleil après avoir effectué quelques dépenses. Sur le retour, nous nous achetons quelques vêtements “cheap” et de “good quality” dont nous pouvons vous assurer aujourd’hui qu’il s’agit seulement de good quality à l’indienne, c’est à dire de “good quality for one day”.
Nous nous levons au petit matin pour voir le lever du soleil sur Varanasi depuis le Gange. Notre batelier nous mène près du Lalita Ghât et Mir Ghât. Un sentiment de mal-être nous gagne rapidement. Devant nos yeux, des centaines d’indiens faisant leur toilette dans le Gange en face de dizaines de touristes occidentaux les prenant en photos. Nous avons l’impression d’assister à une scène d’exposition universelle du début du siècle. Aussi nous décidons de ne prendre que peu de photos (et générales) des scènes auxquelles nous assistons. Notre batelier nous dépose sur les Ghâts et nous nous dirigeons vers ce que tout le monde appelle ici le Burning Ghât, le lieu de crémation. C’est ici que sont amenés les gens dans les 24h suivant leur mort pour être incinérés et voir leurs cendres se répandre dans le Gange. Ainsi, d’après leur croyance, ils atteindraient directement le Nirvana. Nous découvrons des cendres fumantes disposées selon plusieurs étages : aux étages élevés correspondent les hautes castes. Nous assistons du coin de l’œil au début d’une crémation. Un corps est allongé près d’un petit tas de bois élevé. On y dépose le mort en rajoutant bûches, beurre (pour faciliter l’embrasement du corps), et un bois particulier pour éviter les mauvaises odeurs. Nous faisons part de notre sentiment de mal-être vis à vis du comportement des touristes à notre pseudo-guide. Il nous confie que d’après lui les touristes manquent beaucoup de respect vis à vis des toilettes et crémations, moments privés pris en photographie de trop près. Un comportement de touristes que nous adoptons forcément un peu malgré nous. Si nous acceptons de dire que le comportement des touristes est voyeuriste, il est à convenir que celui des indiens n’est pas sans reproches non plus, bien que certains soient rattrapés par la nécessité de la situation. Ces comportements résultent de la rencontre de deux mondes bien différents où les écarts de niveau de vie et la nécessité de survivre l’emportent sur les contacts humains. Chaque rencontre ou interpellation naît de l’attraction de l’argent.
Nous commençons à avoir hâte de sortir de cette logique et enfin de nous éloigner des grandes villes.

En construction ...