La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

Un fleuve qui va mal : quand la religion rencontre la science.

C’est la rivière Sainte, c’est la Mère, la Gardienne. 800-900 millions d’hindous vous diront la même chose. Ce sont les mots prononcés par Rakesh , qui a grandi dans la petite ville de Mezopo à 70 km en amont de Varanasi, sur le Gange. Ayant reçu une éducation hindoue, il a comme tant d’autres appris à vivre avec la rivière sacrée. Toilettes, lessives, crémations, tant de cérémonies accompagnant les hommes de la naissance à la mort.

En 1983, une dégradation de la qualité des eaux de la ville de Kampur (2ème plus grosse ville d’Inde du Nord) s’est fait sentir : apparition de plus en plus régulière, voire quotidienne, de mauvaises odeurs dans les eaux potables, accompagnée d’une dégradation de la qualité de l’air.
Rakesh était alors en 1ère année de thèse de politique environnementale à l’Université de Kampur. Avec son directeur de thèse et quelques amis ils décidèrent, soucieux de ces problèmes, de créer Ecofriends, une ONG environnementale qui depuis a beaucoup fait parler d’elle.
Nous faisons rapidement la remarque à Rakesh que l’une des premières choses visible en Inde, ce sont les déchets éparpillés le long des routes ou flottant dans les rivières. Nous apprenons alors que les indiens ne rejettent que 300-400 g de déchets par jour et par personne. Si tous ces déchets sont visibles, c’est dû à un manque crucial de management. Aujourd’hui, les habitants sont conscients de la pollution, mais changer les comportements prend du temps.
C’est quand il nous emmène sur les bords du Gange que nous constatons le désastre. Toutes les eaux usées de la ville sont directement déversées par des drains dans le fleuve. Nous en verrons deux. Des enfants y pèchent. Il en existe 12 autres sur quelques kilomètres, et 4 se déversent dans une rivière voisine qui rejoint le Gange à une vingtaine de kilomètres en aval.
Nous visiterons également une zone rurale où les eaux utilisées pour l’irrigation sont du même aspect. A quelques centaines de mètres, une décharge de déchets chimiques à ciel ouvert, clôturée depuis peu de temps, et sans protection particulière pour le sol ou la nappe phréatique.
C’est avec l’arrivée d’Ecofriends qu’ont commencé les discussions ouvertes sur la pollution du Gange, et le dialogue est aujourd’hui beaucoup plus facile. Des propos difficiles à amener à une population qui vénère ce fleuve depuis des milliers d’années.
Mais Ecofriends et le travail de Rakesh ne sont pas que des paroles en l’air. Dès 1987-1988, ils ont entrepris un effort de nettoyage du Gange. L’objectif : retirer sur une période de deux semaines au printemps les corps flottants dans le fleuve. Cette première édition a vu le retrait de 180 corps, juste pour les environs de Kampur. Une action choc, surtout d’un point de vue culturel, mais qui a permis d’éveiller les consciences. Le nombre de corps jetés dans le Gange a depuis fortement chuté.
Quelques années plus tard, leur présence a permis la fermeture, suite à un procès, de 127 usines qui déversaient des déchets chimiques dans le Gange. Bon nombre ont aujourd’hui rouvert leurs portes.
Ecoriends s’investit également dans des projets de plus grande envergure, comme celui qu’ils mènent actuellement avec une université japonaise, afin d’effectuer une dépollution de l’Arsenic du Gange.

Ecofriends, une ONG qui a malheureusement de beaux jours devant elle.