La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

Un bond de l’arrière pays à Lake Side.

“Viens, on refait nos sacs et on s’en va ! Il a bu et il commence à me gonfler celui-là. On plantera la tente un peu plus loin.” “No, don’t leave, I’m sorry, I’m sorry.” L’homme qui nous importune n’est même pas notre hôte de ce soir. Instituteur, businessman, il se dit riche, bon, et fait une fixette sur nos bâtons qu’il veut absolument. L’alcool aidant, le ton est monté rapidement. Il récidive durant le dîner en tentant cette fois de nous les acheter, et s’excusera une fois de plus alors que nous savourons le Dal Bath préparé par la gentille petite grand-mère qui nous héberge. Gentille, mais qui tentera quand même de nous soutirer un maximum de sous lors de notre départ alors qu’on voulait lui glisser un petit billet en guise de remerciement, n’ayant rien à lui offrir. Aujourd’hui, nous retournons à Kolti. La journée d’hier a été difficile, et on s’est fait peur. Laure n’a plus confiance en elle, et l’idée de repasser cette passe à flanc de falaise et de devoir coucher nos sacs contre la paroi afin de s’assurer de ne pas se retrouver 60m plus bas dans la rivière Karnali - d’un bleu turquoise majestueux - la terrorise. C’est dur de revenir sur ses pas, mais c’est nous semble-t-il la solution. Nous entrons à grand pas dans la haute montagne et notre chargement nous handicape, ne nous laissant pas libre de nos mouvements, nous déséquilibrant pour un rien. Nous n’avons plus beaucoup d’argent sur nous, de quoi vivre 5 jours vu qu’ici tout est plus cher, et il nous aurait fallu 3 jours à notre petit rythme pour atteindre Jumla afin de retirer des sous et quelques passes à plus de 4 000m. Et avec Laure qui n’a plus confiance et Nico pas forcément plus rassuré, à quoi bon tenter le diable - d’autant que depuis plusieurs jours on n’a de cesse de nous répéter que le chemin pour Jumla est très difficile -. Un sac deux fois moins lourd ou une mule pour tout porter aurait été la solution pour continuer cette route. Nous voulons voyager et faire de belles rencontres, pas marcher à tout prix. C’est le moral dans les chaussettes que nous refaisons le chemin d’hier, nous arrêtons aux même endroits - entourés de ces versants désertiques peuplés de cactus - et recroisons les même personnes se demandant bien ce que nous faisons là, nous qui leur avions expliqué qu’on prenait la direction de Jumla. Après avoir mangé dans un petit hameau de pécheurs où les hommes renforçaient les cordes s’aidant du bout de leurs pieds, nous faisons une pause dans la petite ferme où nous avons mangé hier, celle que nous avait indiquée un grand-père fumant sa pipe, et où dormaient deux enfants dans une corbeille renversée. On nous fait partager un rôti et nous repartons. La rencontre d’un groupe de français et de suisses a beau nous remettre du baume au cœur, Nico a du mal à finir la journée. On ne sait pas trop comment vont se passer les prochains jours. Il y a un petit aérodrome à Kolti ; on tentera de trouver un billet et de rejoindre Pokhara. Oui, mais voila, pas si simple de prendre les petits coucou d’ici : presque deux jours d’attente en compagnie de la garnison de police qui nous informe que les forêts que nous voyons et avons traversées sont peuplées d’ours et de tigres - ouf, on ne les a pas vus -. Deux jours à attendre des avions dont les vols s’annulent les uns après les autres. C’est alors que nous rencontrons Janesh, responsable locale du projet “Olive”. Un projet italo-népalais visant à introduire la culture des olives afin d’aider les fermiers du coin à s’en sortir. Mercredi à 10h, tout s’arrange. Un hélico fait le trajet. Oui, mais ce n’est pas ce qui était prévu : l’avion était quand même trois fois moins cher. Seulement nous n’avons pas le choix : que ce soit attendre le prochain vol de samedi ou reprendre la route pour Jumla, nous n’avons plus assez d’argent pour tenir et acheter 3 jours de provisions. Et nous voici embarqués pour une marche de l’eau version Yann Arthus Bertrand. Apres une bousculade générale, tout le monde, billet ou non, tentant de monter dans l’hélicoptère, nous quittons le sol. Nous survolons montagnes et cultures en terrasses parfois en rasant des fermes, pour finalement arriver à Pokhara après un long voyage d’un autre type, visitant l’ensemble des transports en commun népalais. Trois quarts d’heure d’hélicoptère nous redescendent dans les grandes plaines du centre du pays, trois heures de minibus qui nous ramènent dans le Terai et à nouveau 16h de bus pour nous amener à Pokhara. Ce dernier trajet en bus vous fait passer l’envie de le reprendre. Pas ou peu de suspensions sur des routes défoncées qui vous font littéralement sauter sur place - si bien que nous explosons d’un rire nerveux au bout de deux heures, n’arrivant pas à fermer les yeux et ne sachant encore moins que nous allons y passer tant de temps -. Nous sommes coincés par un homme adossé à un gros carton contenant un téléviseur, assis sur nos sacs, nous empêchant de bouger. Pressés d’arriver, trop peut-être, et du coup, impatients. A chaque arrêt, nous nous demandons s’il y en encore pour longtemps. Depuis le lever du jour, nous évoluons dans le brouillard, et subitement nous passons au dessus de ces nuages de basse altitude. Fausse alerte, on y retourne. Quatre heures plus tard, nous effectuons le déchargement des biquettes qui ont fait le trajet sur le toit et des poules à l’avant du bus. Celles-ci sont immédiatement repérées par un coq venant accueillir ces dames. Arrêt suivant : Pokhara.