La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

A Pokhara.

“Lake Side, lake side ! 150 RPS !” “150 RPS ! For less than 5 kilometers ? No thanks.” Nous laissons les chauffeurs de taxi, un jeune garçon nous indique la station de bus de la ville : 15 RPS chacun. Lake Side, c’est le dépaysement total ; le quartier ou plutôt la rue à touristes. De part et d’autre, hôtels, restaurants à l’occidentale, magasins de treks, superette et boutiques de souvenirs en tout genre - du bonnet en laine de yak au T-shirt brodés Hard Yak Café -. Mais plus que ça, c’est le nombre de blancs dans la rue qui nous impressionne. Depuis que nous avons commencé la marche, nous sommes bien souvent les seuls blancs, voire les premiers que voient les gens. Mais ici, nous sommes deux blancs parmi tant d’autres. Trekkeurs à la carrure impressionnante - facilement deux Nicolas -, vieux baba cool sur le retour, jeunes voyageurs en herbe la fumant aussi un peu, et personnes plus âgées qui s’offrent leur premier grand voyage loin de chez eux. Nous passons une semaine dans cet univers étrange mêlant l’occident et le Népal, dans cette rue qui donne une impression de petite ville d’Alaska, avec ses bars à la musique bien trop forte. Devant nous, le lac de Pokhara et dans le fond le massif des Anapurnas. Un lac qui se révèle surtout lorsque l’on prend de la hauteur jusqu’au petit monastère surplombant la ville, et permettant de la découvrir s’étendant dans la plaine. Mais ce lac n’a rien d’exceptionnel, jonché de déchets s’entassant sur les bords et de ses touristes japonais sortant tous leur trépied et gros appareil pour prendre tous la même photo au même moment. Nous passons nous aussi du temps dans toutes ces boutiques et nous faisons quelquefois avoir à trop vouloir négocier. Ils vont bon train les premiers/derniers clients ou ouverture/fermeture, chacun ayant bien entendu de la meilleure qualité que son  voisin et finissant par glisser que le prix qu’ils font leur supprime toute leur marge. Quelques événements viennent rythmés ces journées qui se ressemblent. Un motard embarqués par la police après avoir causé un accident et tenté de fuir ; une altercation entre un touriste costaud tout juste arrivé et un népalais lui réclamant 1500 RPS de dommages pour l’avoir touché - affaire réglée tout juste avant l’arrivée bien plus rapide qu’en France de la Police et un attroupement général, tous les népalais sortant de leur commerce pour voir ce qui s’est passé. Mais aussi des événements plus politiques. Nous assistons ainsi à deux manifestations maoïstes dont l’une de nuit, au flambeau, des centaines de personnes criant des slogans incompréhensibles à l’unisson, nous transportant à une autre époque. Pokhara est une ville peuplée de vendeuses de rue tibétaines en habit traditionnel. Vraiment très gentilles mais cherchant à toucher la corde sensible pour vendre toutes leurs babioles. “J’ai fuit en 1959.Mes parents ont fuit en 1959, et je n’ai plus de pays. Je ne peux pas avoir de ferme pour vivre et cultiver la terre.” Les unes vous reconnaissent d’un jour sur l’autre, les autres, auxquelles vous n’avez rien acheté, vous ont oubliés deux heures plus tard. Nous passons  un peu de temps sur les bords du lac. Un jour à se faire photographier par des écoliers népalais tout fous avec leur appareil photo jetable, sans vraiment comprendre ce qui se passe. Un autre pose, Laure dessine - “It’s nice to see somebody without a camera” - pendant que des flots de touristes declenchent leur flash sur les gens vivant juste à côté. En voyant cela, Nicolas se demande pourquoi il éprouve encore tant de gêne à photographier les gens comme ca, se poser devant eux  et appuyer sur le déclencheur. Le jour de notre arrivée, nous nous sommes fait un petit plaisir: des pates à la carbonara, dans un restaurant semblait-t-il abordable, construit dans le style des maisons qui nous hébergent depuis que nous sommes entrés dans les montagnes. Des murs de terre cuite et du bois, laissant Laure rêveuse. Nous y avons rencontré un groupe d’américains vivant à Katmandu depuis 15 ans pour une mission chrétienne. Leur expliquant que nous prendrons ensuite la route pour Katmandu, ils nous ont tout de suite mis en garde, recommandant de prendre le bus ou si l’on tenait vraiment à marcher, d’en faire au moins la moitié en bus et le reste sur les chemins de trek, la circulation sur cette route étant infernale. C’est l’axe majeur du pays. Mais on est bien décidés à la faire à pied cette route, et le plus tôt possible, parce qu’ici on ne fait que des rencontres furtives. Echanges de regard complices avec un baba cool grisonnant dans le petit snack faisant face à l’hôtel, ou encore rire avec un couple de français devant la démesure photographique japonaise. On est en occident ici pas au Nepal. Et les “shaving, hair cut” lancés à Nicolas dix fois par jour commencent un peu à l’énerver. Dans cette partie touristique de Pokhara - une rue parmi les milliers du vrai Pokhara - on ne vous aborde que pour vous vendre quelque choses, attire votre attention pour que votre regard se pose sur les étals, vous dit “hello” et vous appelle “my friend” par soucis commercial. Les belles rencontres qu’ont fait sur la route, ce n’est pas ici qu’on les a trouvées.