La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

Népal : Un pays des glaces … qui fondent.

Au lendemain de notre retour de la frontière tibétaine  (article à venir), nous rencontrons dans son salon occidentalisé au cœur de la jolie ville de Bhaktapur, le DR. Rijan Bhakta Kayastha, enseignant chercheur à l’Université des Sciences Environnementales de Kathmandu. Université  située  non pas à Kathmandu, mais à 30 kilomètres de là, loin de l’air pollué de la vallée. Troisième fois que nous nous rencontrons dans ce petit salon, mais cette fois-ci, c’est pour aborder un sujet bien spécifique, le devenir des glaciers himalayens. La caméra installée, nous commençons. Le DR. Rijan Bhakta Kayastha  commence par nous apprendre, malheureusement sans grande surprise, que la totalité des 3000 glaciers népalais sont en phase de régression, confirmant une tendance globale. Nous sommes ici bien loin des controverses médiatiques de cette tendance au développement de quelques rares glaciers observée récemment (Pakistan pour les glaciers himalayens). Ces rares phénomènes étant uniquement dus aux caractéristiques physiques propres de ces glaciers et de leur environnement direct. Une partie de ces 3000 glaciers devrait disparaitre d’ici 60 à 100 ans. Ceci pose un problème majeur quant à la ressource en eau. En effet, cette disparition progressive des glaciers va d’abord entrainer une augmentation de la quantité d’eau disponible due à leur fonte, puis une baisse de cette ressource essentielle à la vie autant pour la consommation directe que pour la culture, la cuisine, ou encore l’hygiène. Cela veut-il dire que le Népal se retrouvera sans eau dans un siècle ? Bien sûr que non, même si la situation ne sera pas facile pour autant. Il y a d’autres glaciers, beaucoup d’autres, plus hauts et plus volumineux. Si le réchauffement climatique continuait au rythme actuel, ceux-ci disparaitraient dans 300-400 ans. Mais voilà, comment prévoir l’évolution climatique des prochaines centaines d’années ! Réchauffement ou refroidissement ? C’est impossible à prévoir à l’heure actuelle nous confie Rijan Bhakta Kayastha  et on ne peut donc pas prédire l’évolution des glaciers sur cette échelle de temps. Le Népal ne se retrouvera donc pas sans eau. Les gros glaciers, après une période de fonte accélérée atteindront un nouvel état d’équilibre, gardant ainsi une partie de leurs réserves d’eau douce. Leur étude n’est pas aisée et le Népal reçoit en ce sens l’aide de glaciologues étrangers pour les mesures sur le terrain, dont des glaciologues français du LGGE (Laboratoire de Glaciologie et de Géophysique de l’Environnement), afin d’acquérir leur savoir faire, et de profiter aussi de leurs moyens matériels. Mis à part la ressource en eau qui va être perturbée, un autre point à risque plus immédiat est à considérer : la rupture des lacs pro glaciaires. Un glacier transporte toute une série de débris - roches -, qui se dirigent vers le front - extrémité basse du glacier -. Si le glacier se trouve dans un état d’équilibre, tous ces débris s’accumulent au même endroit formant une moraine frontale, barrage naturel pour les eaux de fonte. En période de régression, les eaux de fonte s’y accumulent créant un lac pro glaciaire. Le risque survient lorsque trop d’eau s’accumule par rapport à la capacité de rétention (capacité à retenir l’eau) de ce barrage, provoquant sa rupture. Les eaux s’engouffrent alors dans la vallée emportant tout sur leur passage. Quatre gros lacs de ce type existent au Népal et sont suivit. Les autres, plus petits et trop nombreux ne sont pas étudiés par manque de moyens humains et matériels. Après avoir évoqué et retourné le sujet avec Rijan Bhakta Kayastha et appris encore bien d’autres choses, nous nous rendons compte que c’est un pays dans son ensemble qui va être affecté par le réchauffement climatique et le recul des glaciers himalayens. Disparités temporelles de la ressource en eau, avec une abondance puis une diminution des eaux de fonte. Diminution de la quantité de précipitations neigeuses au profit des précipitations pluvieuses, entrainant alors des épisodes d’inondations et de sécheresses. Ces phénomènes, les habitants des montagnes en sont les premiers témoins, contrairement aux habitants des villes et des plaines qui ne réalisent pas encore. L’avenir? Certainement un exode massif des montagnes vers les villes. Se posera alors un autre problème, celui des infrastructures pour approvisionner tout ce monde en eau.