La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

Au revoir Pokhara, bonjour Kathmandu.

Au revoir Pokhara, bonjour Kathmandu. Il nous a fallu 9 jours pour parcourir les 200 km séparant les deux villes. Les premiers jours font mal aux jambes. Une reprise, c’est toujours dur, surtout avec un sac un peu plus lourd après l’achat de bons vêtements en laine pour les grands froids tibétains qui nous attendent. Le dépaysement est au rendez-vous : on est loin des sentiers de trek. Devant nous l’autoroute, artère du pays - enfin une autoroute version Népal soit l’équivalent de nos départementales - . Le trafic y est important, festival de bus et de camions. On s’amuse à observer les peintures présentes sur tous : dessins divers allant du Che Guevara  au doigt d’honneur caché sur le garde-boue d’une roue. Les slogans aussi vont bon train : “No time for love”, “Love is credit card”, “Wait for love”. A chacun de leur passage, c’est une bouffée … de gaz d’échappement et de poussières soulevées. Nous avons alors droit à une atmosphère teintée de jaune pâle pas toujours très agréable à respirer, s’amplifiant à l’approche de Kathmandu avec l’émergence de petites carrières de sable drague dans le lit de la rivière en contrebas. La route, elle, est bordée de nombreux restaurants-routiers, tous semblables, prêts à accueillir des bus entiers pour manger en une dizaine de minute. Outre la route, nos repas non plus ne changent pas. Encore et toujours un Dal Bath, midi et soir. Mais on ne s’en lasse pas, chacun le cuisinant à sa façon, et le faisant un peu plus parfumé chaque jour que nous marchons. Nous voyant en manger un midi dans un routier, un anglais nous demande si c’est bon. Évidement que c’est bon, quelle question??? Il a l’air d’apprécier. Il s’envole dans deux jours pour Mumbai pour une conférence, et prend rapidement une photo de nous avant de partir. Il l’enverra à nos parents en inscrivant que nous faisons route vers le Nord et que nous sommes en bonne santé. Ils sont marrant ces anglais. Mais nous ne faisons pas que rigoler. Le deuxième soir nous donne notre première petite frayeur depuis un bon moment. Une petite frayeur toute velue posée tranquillement au plafond, accrochée par ses 8 pattes, immobile. La plus grosse araignée qu’on ait vue pour l’instant. Pas méchante, mais pas rassurante non plus. Des araignées, nous en verront bien d’autres sur cette route. Plus grandes, mais aussi plus fines et avec de longues pattes. En d’autres termes plus élégantes, et parfois très colorées. Celles-ci ne se posent pas dans les maisons mais leurs toiles forment de véritables murs entre les arbres bordant la route. L’inspection des lieux est de rigueur avant d’entreprendre la moindre pause !!! Pauses parfois rallongées par l’irruption d’un vif retraité que nos bâtons amusent, préférant tout de même le sien 100% bambou, même après avoir eu une leçon de marche accélérée par Pr. Laure. C’est un ancien militaire qui nous raconte qu’il s’est battu deux fois pour le compte des Indiens au Cachemire. “Tatatata … Tatatata”. Une vraie boucherie. Malgré ces souvenirs douloureux, il nous apparait heureux de vivre sa nouvelle petite vie de fermier, et à 75 ans, en parait à peine 60. Si on avait pu tomber sur des grand-pères comme ça tous les soirs, ça aurait été fantastique. Ce n’est pas toujours évident de trouver un hébergement pour la nuit. On se fait régulièrement balader de villages en villages à la nuit tombante, jusqu’à ce qu’une petite famille veuille bien nous héberger ou nous louer leur chambre pour une bouchée de pain. Cela donne des soirées devant la télé avec les enfants, ou posés tranquillement sur le lit (ordre des chefs de maisons) en attendant qu’on nous prépare le repas. La famille de Niru, qui rêve de devenir infirmière, nous offre même le luxe d’une petite omelette chacun en guise d’entrée. Le lendemain matin, nous avons commencé la marche en sa compagnie jusqu’à son école sous un ciel au lever du soleil magnifique, aux allures de nuages embrasés. Les kilomètres nous séparant de Kathmandu diminuent, mais les bus remplis de Maoïstes, eux, ne cessent de défiler sous nos yeux. Chacun en est rempli, tant à l’intérieur que sur le toit, ou le son des jambés  accompagne les vrombissements des moteurs et les musiques des klaxons. “Tu crois qu’il se passe quoi la??? Ca fait 3 bus en moins d’une demi heure, et il y en a de plus en plus depuis hier.” “Je ne sais pas, peut-être une nouvelle révolution en marche, les Maoïstes avaient appelé à la révolution par les routes, c’est peut être ca. Faudrait pas que ca nous empêche de sortir du pays.” Ca y est, dernier jour pour Kathmandu. On arrive au col vers 7h, et derrière, 12 km de marche. On attendait une belle vue, on ne l’a pas eue. Un vrai brouillard dans la vallée de Kathmandu, éblouissant avec ça, le soleil tentant de faire une percée. Ces 12 km correspondraient à nos banlieues, et l’entrée dans les grosses villes est vraiment infernale. On pensait avoir bouffé la poussière et les gaz d’échappement, l’entrée de Kathmandu nous a permis de redéfinir le terme.

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