La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

“Daniel Mabileau from France !”

Les joues rougies, Daniel se lève sous les applaudissements. Cela surprend toujours un peu de se voir souhaiter son anniversaire devant 70 personnes 2 semaines avant l’heure ! Déjà 2 jours que nous sommes à bord de cette croisière de luxe en compagnie de nos parents. La bateau filant sur le Yangtse nous offre confort et luxe bien inconnus du reste de notre voyage … Plus de personnel que de clients, on nous pose notre serviette sur les jambes à notre arrivée à table et nous annonce des “Please enjoy” à chaque plat apporté, malgré toute la peine que les serveuses ont à faire tenir les quelque 15 assiettes sur la table. Chaque matin, on pourrait se croire en France. Tout autour de la table: pain, beurre et confiture. Le bonheur de Laure. Nous traversons ainsi en quelques jours les Trois Gorges , qui mises bout à bout, vous enferment dans 200 km de paysages spectaculaires, entourés de bancs calcaires. A présent plus connu pour le barrage du même nom que pour leurs trésors historiques et géologiques, la traversée des Gorges fait ressentir les conséquences de la montée des eaux du barrage. Villes neuves, collines devenues îles, et villages fantômes que nous croisons ça et là, tombant doucement en ruines. Dans ce grand luxe nous n’avons pas notre place, ni nos parents, mais nous sommes tous ensemble et c’est bien ce qui nous importe. Nos 3 cabines en fond de couloir se sont transformées en grand appartement aux portes ouvertes où l’on prend le thé (ou café selon les goûts) du côté des Mabileau qui détiennent la précieuse réserve. Les sorties, bien qu’organisées, relèvent de beaucoup d’attention : Claude parti à la recherche de LA photo parfaite, suivi de près par Nicolas qui teste son nouvel objectif, Martine auprès du guide, le questionnant à tout va, Daniel qui ne veut rien louper s’échappe du peloton pour voir les recoins et Laure, toujours en compagnie de Jeannine qui “reste avec sa fille”, joue les traductrices tout en gardant un œil sur tout le monde. On est tous ensemble, mais ce furent des retrouvailles bien compliquées. Celles-ci ont eu lieu à Chongqing, grande mégalopole chinoise où les buildings de 50 à 100 étages envahissent les collines constituant la ville. Le passage d’un quartier à l’autre se fait par l’intermédiaire de tunnels, d’échangeurs gigantesques, ou parfois les 2, l’échangeur venant se creuser dans une colline. Après tout, pourquoi contourner quand on peut aller tout droit ? Il parait même que certaines d’entre elles ont tout bonnement disparu de la carte, terrassées par les bulldozers, pour faciliter la construction de nouveaux complexes. Train T9 en provenance de Beijing, arrivée 16h04. Arrivés un peu en avance, nous finissons par comprendre la ligne d’idéogrammes côtoyant l’affichage du train. 3 heures de retard. Nous qui nous étions pressés pour surtout ne  pas les manquer. Nous avons donc passé 4 heures devant des grilles qui s’ouvrent au compte-goutte à chaque arrivée de train, commençant à nous inquiéter lorsque, leur train à quai, nous ne les apercevons toujours pas. Et pour cause, nouvel an chinois oblige, ils n’ont pas pu trouver le bon nombre de billets de train à temps, et ont dû se rabattre sur l’avion. Les retrouvailles à l’hôtel lancées par un bonjour de  Laure, 2eme point de chute “au cas où” ,se sont faites à grand coup de cris et embrassades, marquant le départ d’une semaine de bonheur. Dernière soirée de la croisière. Les sorties sur le pont supérieur permettent de humer vapeurs et gaz d’échappements de notre bateau,  ainsi que des 5 autres qui nous accompagnent pour la traversée des 5 écluses qui nous emmènent de l’autre côté du barrage. Nous le découvrons de nuit, tel une longue ligne au bord du fleuve, marquant nettement une frontière entre le ciel et l’eau du Yangtse, très cher à la Chine. En effet, cet immense construction a été envisagée depuis les années 60, en vue de fournir 10% des besoins électriques de la Chine. Nous redécouvrons l’ouvrage de jour, lors de la visite conduite par Max, un bon citoyen chinois nous apprenant ô combien son cher gouvernement est bon. Sa ville, submergée lors de la montée des eaux, a été reconstruite un peu plus haut. Mais le gouvernement chinois, dans sa haute bienveillance, lui a ainsi offert un appartement de 90m2 contre les 30 dans sa ville engloutie. Max oublie ainsi d’aborder tous les grands sujets. Déplacement des populations, instabilités de terrain due à la pression de l’eau, et tant d’autres. Quand il commence à nous parler du cas particulier des fermiers, ce n’est pas pour nous apprendre qu’ils se sont vu offrir à défaut de leur terres fertiles de fond de vallée des terrains dans les collines où la culture est impossible - le sol étant fixé par les arbres que les paysans doivent couper, entrainant ainsi à court terme des glissements de terrain - mais pour nous lister les différentes cultures chinoises. Notre arrivée à Yichang, ville bordant le barrage, est marquée par l’explosion du rouleau de 2000 pétards achetés 1 semaine auparavant pour fêter en grandes pompes et à la mode chinoise nos 2000 km de marche. Yichang, train couchette où Daniel comme à son habitude passe son temps au bord des fenêtres pour ne rien louper du paysage. Nous arrivons à Xi’an au petit matin, et direction l’armée de Terre Cuite. Nous découvrons ces soldats de taille humaine dans ce qui est encore un chantier de fouille archéologique. Les 6000 statues annoncées ne sont en fait que l’estimation finale au terme des recherches. Nous préférons aux statues les nombreux étals et délices culinaires du quartier musulman. Se promener dans ces petites rues - où se mélangent cultures chinoise et musulmane venue directement par la route de la soie - est un véritable délice. L’heure du départ sonne déjà, et nous réussissons sans trop de difficulté à nous introduire dans la gare sans billets pour accompagner nos parents. Au programme, larmes pour les unes, et embrassades pour les autres. Vacances terminées, retour à l’aventure.

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