La Marche de l'eau

Du Gange au Baïkal

Nicolas Marchand & Laure Mabileau - A pied à la rencontre des Hommes

Chroniques de voyage ... Inde
Septembre - Octobre 2009

Le lac Baïkal, point d’arrivée

Cette dernière journée est étrange. Une semaine que nous marchons dans cette atmosphère. Nous avançons un peu à reculons, sans envie. La fatigue semble nous gagner et peut-être un peu, la peur de finir le voyage. Ca y est, on l’aperçoit: le lac Baïkal. Dix mois que nous marchons vers lui; trois ans presque que nous l’imaginons; et voilà que tout se termine. Si facilement, il s’approche. On ne peut plus reculer, ça y est, il est là.

Notre aventure russe sera brève. Dix jours de marche, quelques jours à Irkoutsk et nous sommes déjà dans ce fameux transsibérien. Moscou, Kiev, Berlin puis Paris. Une semaine de train et bus. Et enfin, la gare TGV de Vendôme qui arrive en quelques minutes.

Nos premiers instants en Russie se font en compagnie de contrebandiers mongols qui effectuent un va et vient incessant pour passer des vêtements vers la Russie. Les femmes que nous accompagnons enfilent sous une chaleur étouffante plus de quinze “hauts” et une petite dizaine de pantalons qu’elles scotchent autour de leurs jambes pour un aspect plus « naturel » sous le « pantalon final ». Leurs légères rondeurs aident à la supercherie qui ne semble pourtant officieusement tromper personne; les douaniers ont le regard bien furtif sur certains sacs et les gardes-frontière mettent plus de temps à laisser entrer Nicolas sur le territoire qu’il n’en faut pour tamponner les visas de 10 Mongols. Derrière la vitre du bus, nous découvrons les Russes. Mélange de peuples Bouriates originaires de la région et Russes venus de l’Ouest qui semblent sur leurs visages bien plus européens qu’asiatiques. En quelques kilomètres, tout est différent : l’architecture, les visages, les villes. Une frontière a été traversée.

En Russie, nous évoluons sur une route droite bordée de prairies verdoyantes où les enclos se multiplient pour faire paître vaches, chevaux et autres animaux à 4 pattes. Les prairies se transforment en forêts où des collines fleurissent pour laisser place à une belle chaîne de montagnes blanchie par les neiges encore présentes de l’hiver. Il fait chaud. Très chaud. La région est humide et la nouvelle chaleur de la semaine dernière a entraîné l’arrivée massive des moustiques. Ils sont là en pagaille, nous usant les nerfs. Chaque matin, nous partons tard, rallongeant les journées de marche dans la soirée. La fatigue de tout le voyage semble nous accabler sur ces derniers jours.

Le long de cette ligne droite, nous découvrons la conduite des Russes. Bien qu’elle soit complètement différente de celles des autres pays que nous avons traversés, elle n’en est pas moins dangereuse : les voitures qui nous dépassent avoisinent au bas mot les 120 km/h. Et comme à notre habitude, les remarques que nous faisons des automobilistes ne sont pas élogieuses. Mais ils n’en ont que faire puisque même la présence de la police dans leur voiture ne les fait pas lever le pied. Lorsque le 5 juin nous nous faisons arrêter parce que nos papiers ne sont pas tout à fait en règle, c’est à une allure folle qu’on nous emmène au commissariat passer quelques heures - leur laissant le temps de soupçonner Nicolas de terrorisme - et à plus de 160 km/h qu’on nous ramène sur place. Ici, l’essence ne coûte pas cher, et la journée de marche de la veille s’est transformée en 10 min de voiture.

On aurait pu rêver d’un endroit plus idyllique pour mettre fin à nos 3000 km de marche et 2500 km de vélo. Mais c’est comme ça. Le lac Baïkal que nous découvrons à Kultuk est bordé par quelques usines. Rien de bien féérique. Pas de chance, le lac compte seulement 4 zones industrielles le long de ses 3000 km de côtes. Les quelques 2800 km de côtes restant sont complètement sauvages, laissant les falaises semées de sapins se perdre dans cette immensité d’eau claire comme du cristal sur plusieurs mètres. D’ailleurs, ces paysages attirent les foules. Les touristes russes affluent sur les plages. Plutôt pour bronzer car la baignade y est difficile à cause des températures glaciales de l’eau. Dans ses ports, on peut goûter le fameux omoul, un salmonidé endémique du lac. Un délice. Ces espèces animales ne vivant nulle part ailleurs sont nombreuses dans la région car le lac est très ancien -près de 25 millions d’années- et a ainsi développé une faune et une flore à part entière. Une véritable mine de biodiversité.